De l’hôpital à une résidence pour seniors un peu abîmés mais pas trop
L’écrivaine Dominique Godfard a rejoint la résidence pour seniors Escalys à Saint-Germain-du-Corbéis après trois mois d’hospitalisation. Dans son dernier livre, elle raconte ce changement de vie et cette nouvelle étape de son parcours.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ? Née au Maroc en 1941, j’ai vécu ensuite à Paris avant d’habiter l’Orne depuis une quinzaine d’années. J’ai deux fils et j’ai travaillé dans des réseaux de chercheurs en sciences humaines et sociales.
Depuis quand écrivez-vous et qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir écrivaine ? Depuis plus d’une quarantaine d’années mais pas à plein temps ! Je crois que j’avais une grande envie, peut-être un besoin ? de communication avec les autres, et que j’y arrivais plus facilement par écrit. Peut-être aussi que, lorsqu’on écrit, on a le sentiment de maîtriser tout ce qu’on ne maîtrise pas dans la vie ? En tout cas, l’écriture me soulage et me fait du bien.
Votre nouvel ouvrage est très personnel. Pourquoi avoir choisi de raconter cette étape de votre vie ? En effet, puisqu’il s’agit d’un témoignage dans lequel j’ai raconté la double opération de mes lombaires en 2024 et ses conséquences. Elle me causa d’abominables douleurs et la perte de ma mobilité alors que je pensais rentrer chez moi une semaine après la première intervention chirurgicale ! Cette rupture très brutale d’avec ma maison, ma voiture, ma chatte, etc. ne pouvait donner lieu à fiction car il me fallait dire ce qui m’était arrivé et rien d’autre. J’ai pensé aussi que mon expérience pourrait éclairer d’autres personnes se trouvant dans un cas similaire.
L’écriture a-t-elle été une manière de surmonter cette période difficile ? Oui, l’écriture permet d’exprimer même ce que l’on croyait indicible. Je crois que les mots écrits et/ou dits ne changent en rien la réalité mais aident à l’affronter.
Après trois mois d’hospitalisation, comment avez-vous vécu votre arrivée en résidence pour seniors ? Plutôt bien car je n’en pouvais plus de l’hôpital tandis qu’à l’hôpital, on n’en pouvait plus de moi (séjour trop long). C’est ainsi que je suis entrée à Escalys dans la résidence pour seniors de Saint-Germain-du-Corbéis, résidence inaugurée en 2020, à taille humaine (24 studios) et animée par une équipe épatante (aussi efficace que bienveillante).
Quelles étaient vos principales appréhensions avant d’y entrer ? Mes appréhensions reposaient sur les souvenirs de l’Ehpad où ma mère termina ses jours en 2014. J’y avais ressenti un sentiment d’enfermement qui est totalement absent d’Escalys où chaque studio jouit de deux sorties, l’une vers la résidence et l’autre vers l’extérieur.
Certaines idées reçues sur les résidences ont-elles été confirmées ou, au contraire, totalement démenties ? Moi, j’arrivais avec de déplaisantes idées sur les Ehpad (pour rappel, le groupe Korian a été visé par 30 plaintes en 2022), or ces structures d’accueil sont à différencier des résidences pour seniors et, en ce qui concerne les secondes, si j’avais le moindre apriori négatif, il s’est aussitôt envolé !
Quel message souhaitez-vous transmettre aux personnes qui vivent ou qui s’apprêtent à vivre une situation similaire ? J’ai envie de dire : « Mon livre ! », c’est en effet pour répondre à cette question que je l’ai écrit.
Que souhaiteriez-vous dire aux familles qui accompagnent un proche dans cette transition ? Mon livre encore…
Votre récit parle-t-il davantage de résilience, d’adaptation ou d’espoir ? Des trois, me semble-t-il, et je m’en réjouis car les trois mots suggèrent une lutte ou plus modestement, un effort ; en tout cas, la tentative d’aller vers quelque chose de « positif ».
Comment se déroule votre vie aujourd’hui au sein de la résidence ? Je m’efforce de respecter la discipline de vie que j’observais avant d’entrer à Escalys (horaires, activités) et de demeurer le plus indépendante possible dans ma vie quotidienne. De plus, j’ai un « rendez-vous scrabble » tous les jours à 15 heures et je participe à quelques animations (jeux de mémoire ou gymnastique douce).
Continuez-vous à écrire quotidiennement ? Où trouvez-vous désormais votre inspiration ? Mes fils ont reproduit le « coin écriture » que j’avais chez moi (ordinateur sur un bureau en face du jardin) et j’y passe le plus clair de mon temps. Mes projets d’écriture, en ce moment, tournent autour de l’histoire de ma grand-mère que j’aimerais transmettre à mes enfants et petits-enfants.
Selon vous, la société porte-t-elle un regard juste sur le grand âge ? Pas vraiment car des préjugés tenaces sont solidement ancrés, parmi lesquels celui du vieux toujours joyeux qui « débarrassé de toute obligation, n’aime que s’amuser, rigoler et prendre du bon temps » ! Or, c’est tout le contraire de ce que je vis car, pour moi, vieillir consiste en une lutte incessante contre la dégradation de mon corps et en la jouissance d’une vie intérieure toujours renouvelée.
Que souhaiteriez-vous que les plus jeunes comprennent mieux du vieillissement ? Essentiellement que les personnes âgées ne sont pas nées avec un portable à la main et que, l’informatique étant tout à fait nécessaire aux aînés, il faut prendre le temps de répondre à leurs questions dans ce domaine avec beaucoup de patience !
Si vous deviez résumer votre livre en une seule phrase, laquelle choisiriez-vous ? Les personnes âgées ne doivent jamais être infantilisées mais, au contraire, stimulées, tirées vers le haut et toujours considérées comme des adultes à part entière.
Pour communiquer avec l’autrice : dominiquegodfard@gmail.com